Inédit

Ci-dessous, vous pourrez lire un chapitre rédigé dans le feu de l’actualité mais qui, par certains côtés est un peu hors-sujet. A.Z.F. Ces trois lettres désignent l’une des grands catastrophes chimiques françaises. Le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine chimique AZF à Toulouse fait près de 30 morts et des centaines de blessés. Après presque dix ans d’enquêtes, la raison de l’explosion reste cependant mystérieuse. Le verdict rendu le 19 novembre n’a pas vraiment convaincu que la piste privilégiée par l’instruction soit la bonne. Les doutes ainsi que la profusion des hypothèses font que AZF est aussi un mystère technico-chimique. Bien que des chimistes, des mathématiciens ou des physiciens se soient penchés sur la question, on ne peut pas quand même pas dire que c’est un thème de recherche contrairement aux autres chapitres de ce livre… D’où cette mise à l’écart.

Voici donc le texte résumant cette histoire dramatique.


AZF
qu’est-ce qui a pu faire exploser l’usine chimique de Toulouse ?

Le 21 septembre 2001, un hangar de l’usine chimique de Toulouse, AZF, explose faisant 31 morts. Le bâtiment contenait quelques centaines de tonnes de nitrate d’ammonium, un composé chimique entrant dans la composition des engrais. Or après huit ans d’instruction, un procès en février-mars 2009, et le verdict le 19 novembre, les raisons de l’explosion ne sont toujours pas claires.
La thèse officielle présentée au procès a été contestée par trois livres non de scientifiques mais de journalistes (1). Ils font cependant tous appel à une foule de chimistes, physiciens, mathématiciens indépendants ou mandatés par les différents acteurs. Chacun suggère en outre sa propre piste tout autant explosive que la version retenue par la justice… AZF demeure un curieux mystère scientifico-technique.

Le nitrate d’ammonium est en effet un produit réputé stable qui n’explose pas aussi facilement que cela. Certes des terroristes l’utilisent pour fabriquer des bombes mais il faut le mélanger à de l’essence et l’amorcer par une explosion primaire. Ces conditions n’ont semble-t-il pas été observées à Toulouse. Sinon, les rares cas d’explosions accidentelles recensées dans l’histoire industrielle ont toutes été précédées de longs incendies. Comme en 1947 lorsqu’un navire français explose dans un port américain. Ou alors une succession de tirs de dynamite a été nécessaire. Par exemple, en 1921 dans une usine de BASF en Allemagne. Là encore, rien de tel n’est arrivé à AZF. Alors que s’est-il passé ?

Pour les experts de la justice, un concours de circonstances involontaires serait à l’origine de l’accident. En laboratoire, ils ont réussi à faire détonner un mélange à base de nitrate d’ammonium. Leur recette est assez délicate à réaliser. Au fond d’un récipient, déposer une couche de nitrate d’ammonium assez humide. Verser dessus une certaine quantité de dichloroisocyanurate assez sec (DCCNa)? Comme son nom l’indique ce produit contient du chlore. Il est utilisé pour désinfecter les piscines à la manière de l’eau de Javel. Il est également fabriqué sur le site d’AZF. Quatorze secondes plus tard, ajouter plusieurs kilogrammes de nitrate d’ammonium. Boum ! En 20 minutes c’est l’explosion. Le coupable est un dégagement instable et détonnant de gaz issu du premier contact entre le nitrate d’ammonium et le DCCNa.

Cependant, pour les chimistes interrogés par les journalistes ce scénario ne tient pas. Ces conditions particulières n’ont pu être réunies le jour de l’explosion. Le DCCNa sent le chlore et son odeur aurait été remarquée par l’ouvrier accusé d’avoir versé accidentellement ce produit sur le tas de nitrate. Ce tas de nitrate d’ailleurs est bien plus sec que le produit mentionné par les experts. Or, le taux d’humidité est crucial pour la réussite de l’expérience. Les quatorze secondes font sourire tant on ne voit pas comment un ouvrier aurait pu déverser deux produits différents, provenant de la même benne dans un si faible intervalle de temps. Qui plus est dans le bon ordre. Un autre point étrange est que si l’explosion a eu lieu de cette façon cela n’a pu être qu’à l’extrémité du tas. Comment alors la détonation a pu se propager au tas principal ? Pour les trois auteurs, l’hypothèse  ne convainc pas. En outre, dans leurs livres, ils se moquent de quelques petites erreurs de chimistes commises par les experts : confusion de produit, ajout de térébenthine sans toujours le dire…

Ces enquêteurs ont donc cherché autre chose.
Pour Guillaume d’Alessandro, un arc électrique aurait foudroyé le tas fournissant l’énergie nécessaire à son explosion. Le court-circuit serait apparu entre deux lignes électriques traversant le hangar et aurait été crée par un incident sur le site d’une usine voisine, la SNPE, située de l’autre côté de la Garonne. A l’appui de ce scénario, le journaliste rapporte des anomalies électriques ressenties par de nombreux témoins ainsi que des rapports confidentiels faisant état de dysfonctionnements des transformateurs. En outre, il pointe l’existence d’une ligne « oubliée » passant sous le fameux hangar.
Ces confrères écartent cette hypothèse. Marc Mennessier note par exemple que deux explosions sont nécessaires à ce scénario. Or, selon lui, les études sismiques notamment n’ont pas prouvé le lien de causalité entre ces deux bruits ; ni même la localisation du premier sur le site de la Snpe. Les bâtiments de la SNPE, endommagés par l’explosion d’AZF, ne porteraient pas la marque de cette première explosion. La ligne « oubliée » ne présenterait pas de dommages… Enfin, une reconstitution n’aurait pas permis de faire détoner le tas sous l’effet d’un « coup de foudre ».
Franck Hériot et Jean-Christophe Tirat, en revanche, confirment les deux explosions mais écartent que la première soit à l’endroit indiqué par leur confrère, notamment à cause de l’absence de dégâts particuliers dans le transformateur concerné. Ces deux journalistes avancent une autre piste physico-chimique, faisant elle-aussi intervenir la SNPE. Cette fois un nuage de gaz, le monométhylhydrazine, se serait échappé d’un container un peu abandonné de la SNPE. La fuite aurait été jusqu’à l’usine voisine d’AZF, en particulier jusqu’à une tour contenant des nitrates. Là une première explosion aurait fait sauter la tour et entraîné une seconde détonation dans le fameux hangar, imprégné lui aussi de ce gaz… Ce scénario comporte quand même de nombreuses hypothèses assez improbables.

Quelque chose d’anormal (et nous ne parlons même pas de l’hypothèse de l’acte volontaire !) s’est donc produit à Toulouse ce 21 septembre sans que la science ne puisse encore l’expliquer.

(1)Marc Mennessier, AZF, un silence d’état ; Franck Hériot et Jean-Christophe Tirat, AZF l’enquête assassinée ; Guillaume d’Alessandro, AZF : une vérité foudroyante